Carnet de Compostelle -10 – dernière étape

Voilà, ce matin, c’est le dernier jour à chausser mes chaussures de rando. Je ne suis pas mécontente, je n’en peux plus de ces chaussures.

Ce matin, je n’ai pas très bien dormi, mes allergies ont repris, je me suis réveillée vers 4h, je n’avais pas fermé les rideaux, je voyais la mer et les lumières de la ville. J’ai vite remis mes boules quiès, à cette heure ci le trafic reprenait, j’entendais voitures et motos…

Je me rendors, et me réveille 2 ou 3 fois encore mais le sommeil est plus fort.

A 8h, j’entends taper à la porte. Cela fait 5 fois que ma mère tente de me réveiller, eux sont prêts, habillés, sac bouclés…

Je m’habille au plus vite et file prendre le petit déjeuner. Je boucle mon sac en un temps express, ne remplis pas ma bouteille d’eau… J’ai tellement peu bu sur le chemin hier, elle est à 1/2 pleine… aujourd’hui l’étape est courte, donc pas besoin de me charger inutilement.

Je me presse, vérifie la chambre une dernière fois et quitte les lieux.

Tout de suite après Saint Camille, l’Estérel commence. Le sentier est boisé, agréable. Il fait beau et déjà chaud. Pour notre dernière journée c’est tellement plus agréable ainsi ! Notre 1ère « étape » est de rejoindre Notre Dame d’Afrique. Nous y arrivons assez vite, et je suis surprise par la beauté de ce mémorial. Elle est imposante de hauteur et de grâce.

Juste en face, une croix et une coquille nous rappellent que nous sommes toujours sur la bonne voie…

Nous continuons sur le chemin, ça monte, et ça descend, et ainsi de suite… A 11h30 nous croisons un groupe de marcheurs, ils discutent de Compostelle avec nous, l’un d’entre eux est très tenté et mon père lui donne tous ses bons arguments.

Honnêtement depuis que je suis partie, ce chemin me dit bien. Même si je ne suis pas fan de dormir chaque soir à un nouvel endroit, même si j’ai horreur de l’imprévu et de ce qui ne peut se contrôler, les six derniers jours ont été bien sympathiques, calmes et « reposants ».

Nous repartons sur une côte. Le chemin suit depuis notre départ le tracé du trail des Balcons d’Azur qui se tiendra le dernier WE d’Avril (donc qui est déjà terminé à l’heure où j’écris).

Nous atteignons de nombreux cols, redescendant sans cesse pour remonter et atteindre le suivant. C’est un chemin sans fin mais qui reste motivant tant les paysages sont beaux.

On ne voit que collines, vallons, et cols. Au loin il y a même de la neige sur la montagne. Et parfois on aperçoit aussi la mer.

Un peu avant 13h, on arrive sur un parking, l’étape n’est pas encore terminée même si elle approche de la fin.

Nous n’avons plus beaucoup d’eau, une dame nous offre gentiment de quoi remplir une bouteille, deux oranges qu’elle tient absolument à nous donner, et sur nos conseils, monte au dernier col pour prendre des photos.

Nous nous éloignons, nous cherchons le vallon des Lentisques, nous empruntons un chemin et perdons une vingtaine de minutes. Nous rebroussons chemin et pique-niquons avec notre « petit déjeuner ». La dame revient, effectivement la vue valait la peine de grimper un peu.

Nous retrouvons le chemin sur la gauche, il fait très chaud, nous sommes à découverts, plus beaucoup d’ombre, et il faut se méfier des vipères. Sur ce chemin, elles peuvent être cachées sous n’importe quelle pierre.

Ce sentier n’en finit plus ! Parfois nous apercevons une marque qui nous confirme que nous ne nous sommes pas trompés, même s’il n’y avait pas d’autres possibilités, on ne sait jamais. Il grimpe encore et encore, je ne relâche rien, car plus haut il y a de l’ombre. J’aime prendre de l’avance pour pouvoir me poser un peu et observer les alentours (tout en attendant que mon coeur reprenne un rythme normal…)

Nous arrivons au niveau d’une route, une pancarte indique Agay. C’est notre point d’arrivée, le dernier de cette longue randonnée.

Le chemin emprunte la route, mais mon père a un doute, il faut selon lui emprunter le vallon des Lentisques (que nous ne trouvons pas, et que nous ne trouverons pas) il a déjà fait le parcours il y a quelques mois mais a oublié comment y accéder. Il s’éloigne, j’interpelle un véhicule pour demander si nous sommes bien sur la bonne route. Le conducteur plaisante:  » Agay? Au moins 96km ! »

Puis se reprend, en annonçant une dizaine de km.

OK. 10 km, c’est jouable. Le dernier train est dans environ 3h, et puis la route ce n’est que de la descente. Certes un peu monotone mais tant pis.

Deux km plus tard, mon père nous attend. Il a trouvé un nouveau chemin, un sentier bleu puis un sentier jaune qui nous permettraient de quitter la route et de couper en direction d’Agay. Il nous annonce deux petites minutes de montée et s’en va faire son footing.

25 minutes plus tard, je peste, je râle, je m’énerve. 25 minutes que ça monte encore et encore. Moi ça va, mais je pense à ma mère qui ne dit rien, bien évidemment, mais l’épreuve était sensée être « de tout repos », alors que depuis ce matin, on enchaîne les dénivelés, on finira d’ailleurs la journée avec un bon cumul de 1000m montés. Nous n’avons presque plus d’eau. Elle car sa gourde ne contient que 50cl, moi car j’ai fait la bêtise de ne pas la remplir ce matin, et puis nous marchons depuis 5h en plein cagnard.
Mon père m’appelle: « Au prochain carrefour il faudra aller tout droit, puis au col il ne faudra plus suivre le sentier bleu mais le jaune ».
Je lui rétorque que nous ne sommes toujours pas à ce fichu croisement et je mâche mes mots pour ne pas faire exploser le fond de ma pensée.
Lorsque nous arrivons en haut, je me dis qu’ il s’est bien fichu de nous avec sa prévision de deux minutes de montée. Même une fausse voyante aurait pu faire mieux !
Le chemin continue encore et encore. Nous avons pour réconfort la mer en face de nous. La vue est splendide mais l’humeur beaucoup moins. Je trouve qu’il gâche cette dernière étape alors qu’au départ, ma démarche sur ce chemin avait pour base  » passer du temps en famille ».
Ça fait six jours que nous sommes ensemble presque 24h/24 et les tensions se font sentir. Parfois je ne suis plus  » la petite fille à son papa » mais bien l’ado rebelle. L’adulte mûre et mature n’est pas encore suffisamment raisonnable pour atténuer tout cela.
Il me rappelle et je finis par lâcher:  » Au lieu de m’appeler pourquoi n’es tu pas avec nous ??? » Et lui de me rétorquer qu’ il fait son footing pour terminer cette étape à son rythme. Crâneur et menteur en plus.
En vrai il n’a pas apprécié que je sorte encore une fois mon GPS dans l’espoir qu’ on valide MON chemin.
Nous devions être à Agay depuis plus d’une heure et nous en sommes encore bien loin.
Nous le retrouvons à un parking, cela fait 1h30 qu’ il nous a laissées. Il a trouvé un sentier pour terminer. Il n’est pas balisé, d’ailleurs sur la carte il apparaît en pointillé. On comprend que ce n’est pas un vrai chemin mais c’est notre seule option. Le chemin par la route indique à présent 39km pour rejoindre Agay. Soit il y a une erreur de calcul soit nous avons fait un énorme détour.
Pour repartir tous ensemble, mon père s’excuse et admet s’être trompé en choisissant ce chemin.
Aujourd’hui je pourrai dire « Ah si seulement il m’avait écoutée! »
Mais sur le moment je trouve les excuses un peu faciles.
Le sentier emprunté ne mène à rien. Nous sommes dans une impasse. Le dernier train pour Nice est dans à peine 1h30. Il faut se résoudre à retourner au parking et faire du stop.

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Etape du jour: environ 20 km, 6 heures de marche.

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Départ de Théoule sur Mer, arrivée située au ravin du grand caneiret (St Raphaël)

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